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Yvan Rheault

Chapitre II 
Ma première expérience comme colporteur 
Le Seigneur me fit rencontrer deux chrétiens américains qui se proposaient de colporter des Bibles et Nouveaux Testaments à l'intérieur du pays. 

C'était mon premier voyage à cheval à travers le Brésil, et tout me paraissait nouveau et étrange, car je n'avais jusqu'à présent aucune expérience du travail d'évangélisation. Ma connaissance de la langue portugaise était alors très élémentaire; cela m'avait suffi pour me faire comprendre des noirs dans la mine, mais ce n'était pas assez pour vendre des Bibles - but principal de mes deux amis américains dans leur longue randonnée. J'étais cependant reconnaissant qu'on m'eût permis de les accompagner, car j'étais jeune et actif, avide de nouvelles expériences et désireux de faire quelque chose pour Celui qui avait tant fait pour moi. Disposé à faire n'importe quel travail, j'avais été chargé du soin des animaux. Je devais les bouchonner chaque soir et leur procurer leur provende. Il me fallait aussi cuire nos repas, composés principalement de haricots secs et de riz, et laver notre vaisselle tandis que mes amis chargés de sacs de livres s'en allaient vendre les Saintes Ecritures dans toutes les villes et tous les villages que nous traversions. 

Plusieurs centaines de kilomètres avaient été parcourus de cette manière lorsque nous fîmes la pénible constatation que nos fonds étaient extrêmement bas. Les ventes de livres avaient été rares - beaucoup plus rares que nous l'avions prévu, et nous dépendions du produit de ces ventes pour payer nos frais de voyage; or il semblait que je dépensais davantage pour la nourriture des animaux et la nôtre que ce que mes compagnons gagnaient avec leur colportage. 

J'étais devenu un cuisinier assez habile et ma vocation semblait assurée, mais, hélas, notre revenu journalier ne faisait que diminuer, et nous avions encore un long voyage devant nous. Un matin notre chef me surprit en s'écriant: 
- Ecoutez, Glass, je crois que vous feriez mieux de vous exercer au métier de colporteur aujourd'hui pendant que je ferez la cuisine à votre place. Peut-être réussirez-vous mieux que nous, et en tous cas vous ne pouvez faire plus mal; ainsi faisons-en l'essai, car nous ne pouvons plus continuer ainsi. 

Le coeur me manqua; combien volontiers j'aurais échappé à cette obligation. Cependant je ne voulais ni ne pouvais refuser cet appel; aussi faisant taire mes sentiments je déjeunai en hâte, sellai mon cheval et, mes sacoches bien remplis de livres, je me mis en route à contre-coeur pour la ville voisine. Je m'attendais pleinement à revenir bredouille, car je n'avais jamais vendu un livre de ma vie; puis il y avait mon portugais! 

Fiévreusement j'essayai d'assembler quelques mots qui pussent m'être utiles dans ma nouvelle et difficile vocation de colporteur biblique. Enfin la ville apparut à quelque distance, et quel aspect peu engageant je lui trouvai! Je poursuivis mon chemin, avec une étrange sensation de froid dans le dos et l'impression que je marchais à mon exécution, et je crois n'avoir jamais prié avec autant d'ardeur. 

M'arrêtant sur la place principale de la ville j'attachai mon cheval à un poteau et fouillai nerveusement mes sacoches pour gagner du temps. J'osais à peine regarder autour de moi, ayant l'impression que tous les yeux de la ville étaient dirigés sur ma personne. 

Essayant de reprendre courage, je m'emparai de quelques Bibles et Nouveaux Testaments, et entrai résolument dans le magasin le plus proche. Le propriétaire leva la tête avec étonnement et fis une remarque que je ne compris pas, ce qui ajouta encore à ma confusion. Cependant je tendis un livre à l'homme, en risquant la première des trois phrases que j'avais préparées en route: "J'ai ici un bon livre, monsieur". 

Je ne me sentais pas du tout fier de ma phrase, mais elle amena une longue réponse du marchand à laquelle je ne compris pas un mot. Je me contentais donc de lui sourire et produisis ma seconde phrase: "C'est un livre très bon marché, monsieur". 

Cette simple remarque amena une autre réplique aussi longue et tout aussi inintelligible, mais à laquelle je répondis avec emphase: "Il coûte seulement deux milreis". 

L'homme me considéra avec surprise, et je me demandais ce qui allait suivre lorsqu'à ma complète stupéfaction, il ouvrit son tiroir et me tendit le prix du livre. J'avais vendu ma première Bible moins de dix minutes après mon arrivée dans le ville! 

Je me hâtai de sortir, de peur que le marchand ne se ravisât, et je cherchai un refuge dans la boutique voisine. Ici de nouveau j'essayai de placer mes trois phrases à intervalles convenables, et me contentai de sourire aux commentaires qu'elles amenaient et qui étaient débités avec volubilité; et voici qu'une autre bible fut placée en moins de temps encore que la première. J'étais l'être le plus étonné du monde. Je croyais rêver tandis que j'allais et venais des magasins à mes sacoches pour me fournir à nouveau de livres; et, longtemps avant que mes compagnons m'eussent rejoint, j'avais épuisé tout mon stock. Ce succès n'était certes pas dû à ma grande expérience, ni à mon portugais, ni à une capacité naturelle d'aucune sorte, mais à la puissance de l'Esprit de Dieu, auquel soit toute la gloire. 

Mes deux amis furent très impressionnés par mon récit, et n'eurent qu'à jeter un coup d'oeil dans mes sacoches pour avoir la confirmation du miracle. 

- Vous avez certainement le don pour vendre les Bibles, dit le chef de l'expédition; à partir d'aujourd'hui nous ferons la cuisine et nous nous occuperons des animaux, et vous serez colporteur. 

Je dois reconnaître que je ne me sentais pas du tout convaincu de l'avantage de ce nouvel arrangement, mais il est de fait qu'à la ville suivante les choses se passèrent de la même manière, et à la suivante également. Petit à petit mon vocabulaire augmenta, je pris un peu plus de confiance et trouvai une vraie joie dans ce travail, une joie que je n'ai jamais perdue, quoique je n'ai jamais réussi à me débarrasser de cette sensation de froid dans le dos dont j'ai parlé, lorsque j'entreprenais de visiter une nouvelle ville. 

Après cette expérience, nous n'eûmes plus de difficultés au sujet de nos fonds et notre voyage se poursuivit fort heureusement. 

Nous ne pouvons jamais dire quel don nous possédons, jusqu'à ce que le Seigneur nous mette en face d'une nécessité et d'un appel comme ceux qui me lancèrent dans le grand et glorieux service de semer la Parole de Dieu. 
 

 

Chapitre 3
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